Aube

25_aube Fraichement sortie de l’atelier, cette dernière œuvre intitulée Aube est une commande exécutée pour une cliente adéloise. Bien que l’artiste n’accepte que très rarement les commandes, il arrive parfois qu’elle y consente à condition que le mandat soit ouvert et qu’elle dispose d’une entière liberté d’expression et de toute la latitude voulue. C’était précisément le cas pour cette toile. La cliente, qui souhaitait depuis longtemps posséder une toile de l’artiste, a choisi de s’offrir ce petit format de 24 po x 18 po à l’occasion d’un événement significatif pour elle. Petit format, car nous savons que Dominique Beauregard privilégie habituellement les grands formats.

Lorgnons du curé

Dans le cadre de ses recherches historiques, Dominique Beauregard fut amené à consulter les archives de La Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides qui possède, entre autres, le fond Isidore Martin. Isidore Martin, dit Gauthier, était le fidèle ami du curé Labelle, son homme de confiance. Il fit pas moins de 56 voyages en compagnie de «son curé». Il s’occupait de tout, du cheval, de la voiture de la nourriture. Il voyait même à ce que le curé ne manque de rien pour la célébration de la messe. Le fond Isidore Martin comprend 5 lettres adressées au fidèle ami par le curé alors qu’il était en voyage en Europe dans le but de recruter des colons et régler quelques affaires à Rome. Des lettres dans lesquelles le curé dicte ses recommandations — où plutôt ses ordres — à son fidèle ami afin d’assurer le bon fonctionnement de la ferme.

Tout au fond d’un carton rangé dans une étagère, se trouvait un trésor : les lorgnons du curé Labelle. L’artiste, usant de tout son charme, a obtenu la permission de se faire photographier avec pincée sur le nez les besicles de « son curé ». Datant de la fin du 19e siècle, les lorgnons du « gros curé de 333 livres » sont en excellent état. L’histoire ne dit pas si le fait de les avoir portés quelques minutes a permis à l’artiste de voir l’époque où vivait son personnage fétiche d’un autre œil. Dominique Beauregard peut cependant se targuer d’être l’une des rares personnes dont le nez fut un jour chaussé des lunettes du Roi du Nord!

La rencontre de deux fabulistes

fables-surtout-sur-tout La toile Le sommeil du juste illustre la page couverture du dernier titre du fabuliste adélois Jean-Pierre LétourneauFables Surtout sur Tout. À travers ses fables, Létourneau nous propose une vision inédite de l’univers. De la même façon, les toiles de Dominique Beauregard nous plongent dans des mises en scène visuelles qui empruntent largement à l’écriture de la fable. La rencontre des deux fabulistes devenait donc inévitable et surtout souhaitable.

Publié à compte d’auteur, Fables Surtout sur Tout compte soixante-sept fables, mises en page par l’artiste qui se dit honorée d’avoir été choisie par le fabuliste adélois dont elle estime le travail: «Les fables de Jean-Pierre Létourneau sont un pur délice à lire et à relire. Lorsqu’il m’a proposé d’utiliser l’une de mes toiles pour la couverture de son livre, je n’ai pas hésité une seule seconde à accepter.» La peintre se dit également fière de s’associer à la diffusion des talents adélois.

Résumé du livre:

La fable qu’on veut pour toujours écrire,
Est celle qu’on désire à jamais relire !
D’une touche d’humour et d’imaginaire,
Sérieuse sans en avoir l’air,
Elle séduit, charme et plaît
Sur tous les tons et par maints sujets.
Bien que parfois elle nous amuse,
La tragédie est le fond et sa muse.
En recherchant le vrai du faux
Et le faux du vrai,
Elle laisse parler les faits
Et s’écoute de ses plus jolis mots.
Ces mots élus, pensés, posés, choisis,
Au sein des idées sans fins, et d’éternelles poésies.
Alors avide lectrice et fébrile lecteur,
Humez, sentez, goûtez aux parfums de ses saveurs,
Et si l’une d’elles vous touche,
C’est que j’aurai bien fait mouche.

S’impliquer à l’Échelon régional

24_petit-reveur Dominique Beauregard offre une de ses toiles à l’organisme l’Échelon dans le cadre de L’Exposition-encan « Parle-moi d’amour dans les Pays-d’en-Haut » qui se terminait le 25 février dernier à l’occasion d’un encan silencieux qui s’est tenu au chalet Pauline-Vanier à Saint-Sauveur. Plus de 45 oeuvres d’entraidants, d’artistes professionnels et d’artistes en émergences étaient proposées aux amateurs d’art. C’est la deuxième année que L’Échelon s’associe aux « Impatients de Montréal », un organisme qui partage les mêmes objectifs.

« L’Échelon des Pays-d’en-Haut est un centre de jour alternatif et communautaire situé à Piedmont qui reçoit des adultes aux prises avec des problèmes de santé mentale et vivant sur le territoire de la M.R.C. des Pays-d’en-Haut. Les activités visent, en partie, à briser l’isolement, à offrir un soutien et à maintenir l’espoir au quotidien. Ayant comme valeur l’entraide au centre de sa pratique, les personnes qui fréquentent l’organisme sont appelées Entraidants. »

Le petit dormeur — acrylique sur toile de 10 x 10 — fut jusqu’à la toute fin de l’encan l’objet d’un duel amical entre deux acheteurs.

La recette de cette activité « servira à maintenir les activités d’art qui s’avèrent si thérapeutiques aux Entraidants de l’Échelon des Pays-d’en-Haut ».

Un nouveau site

Bienvenue dans mon nouveau site d’artiste. À l’ère du Web participatif, j’ai choisi la formule du blogue qui représente un moyen de communication unique entre le lecteur et l’artiste. Je vous invite à l’explorer et à y revenir souvent.

Puisqu’il s’agit d’un blogue, vous pourrez laisser vos commentaires sur les actualités publiées qui seront classées dans la section «Nouvelles de l’atelier». Les derniers commentaires laissés par les lecteurs apparaîtront quant à eux dans la section «commentaires récents». De plus, je compte inviter certains chroniqueurs qui partageront avec nous leur vision de l’art et de son marché.

Je travaille actuellement sur un projet qui me tient particulièrement à cœur. Il s’agit d’une série de toiles portant sur la colonisation et l’histoire des Laurentides, mettant en scène les protagonistes qui ont marqué le développement de cette région. Le scénario de chacune des toiles est tiré d’événements réels, d’anecdotes méconnues, mettant en scène des personnages comme Edmond Grignon, les colons, les compagnies forestières et bien sûr l’incontournable curé Labelle, figure dominante de la colonisation des Laurentides. Les trois premières toiles de cette série ont déjà trouvé preneur à Sainte-Adèle. Les scènes décrites dans cette série sont tirées de ma collection d’ouvrages anciens portant sur l’histoire de la colonisation des Laurentides, certains écrits par le curé Antoine Labelle.

Bonne visite dans ce site qui se veut vivant et en mouvement.

Dominique Beauregard

En guettant Les ours

Cette toile fait partie de la série portant sur l’histoire de la colonisation des Laurentides. En guettant les ours met en scène Edmond Grignon, le « Vieux Doc », un des premiers médecins de campagne à exercer la médecine dans cette contrée hostile et sauvage à l’époque de la colonisation. C’est le célèbre curé Labelle, l’apôtre de la colonisation, qui a incité Edmond Grignon à venir s’installer dans les Laurentides. Le titre de l’œuvre, En guettant les ours, est en fait une expression utilisée à l’époque par les colons habitués à faire le guet dans les ténèbres avec leurs fusils pour protéger le grain et le bétail contre les ours.

Par extension, on disait des médecins qui assistaient les femmes en couches qu’ils «guettaient les ours». Edmond Grignon, dans son livre En guettant les ours, publié en 1930, explique :« Ces pauvres petits n’étaient pas pressés de quitter les limbes pour venir habiter un pays aussi triste et aussi froid et ils retardaient leur arrivée des jours et des nuits parfois ».

Emparons-nous du sol!

2_emparons-nous-du-sol Cette œuvre est un hommage au curé Antoine Labelle, Roi du nord, prêtre missionnaire-colonisateur. Figure incontournable de l’histoire des Laurentides, le «gros curé de 333 livres» a fortement imprégné son époque, et la nôtre par résonance. Prêtre-entrepreneur, il était l’homme d’une seule idée, ou d’une idée fixe, diraient ses contemporains: la colonisation. L’analyse du corpus des nombreux écrits et correspondances du célèbre curé de Saint-Jérôme laisse entrevoir ses visées nationalistes, bien que cet aspect de son projet de colonisation soit généralement passé sous silence par ses biographes. Certains textes, moins connus, ne laissent planer aucun doute chez certains auteurs quant à son intention de créer une nation canadienne-française par le truchement d’un projet pacifiste de colonisation des Cantons du Nord dans le cadre social agriculturiste d’une époque où le «destin» du Canadien français était de cultiver la terre:« Le travail de la terre était considéré comme le plus noble et le plus sain et le plus en harmonie avec la vision de l’homme prônée par l’Église. En vivant à la campagne, il était plus facile de conserver intactes les traditions, de faire survivre la nation. Le clergé fera tout pour que le peuple canadien-français conserve cette image de peuple du terroir, paisible, attaché à la famille et soucieux de garder sa foi et sa langue. (Lafortune p.21).

Né le 24 novembre 1833 à Sainte-Rose (dans l’Île Jésus, aujourd’hui Laval) et décédé le 4 janvier 1891 à Québec, Antoine Labelle sera curé de Saint-Jérôme de 1868 à 1891. Durant cette période, il ne cessera d’œuvrer, avec une rare ténacité, à la réalisation de son projet de colonisation. Curé panaché et marginal, réputé pour ses colères volcaniques aussi retentissantes que fugaces, il avait la stature d’un géant qui appelait néanmoins sa mère «Mouman». Un curé «dépareillé » qui aimait et défendait «ses colons» avec qui il aimait partager les vicissitudes de la vie à la dure. Un ecclésiastique qui s’est lié d’une profonde amitié à l’anticléricale féroce, journaliste et pamphlétaire Arthur Buies, qui a enrichi et diffusé par ses écrits le rêve d’Antoine Labelle.

Le curé Labelle est décédé à la suite des complications d’une «hernie étranglée» le 4 janvier 1891 à Québec à l’âge de 58 ans. Il aura laissé un héritage riche qui, selon l’artiste, est encore aujourd’hui sous-estimé.

Dans son œuvre, Dominique Beauregard brosse une scène symboliquement riche, coiffée d’un titre qui reprend le leitmotiv du curé Labelle : Emparons-nous du sol! L’ours, roi de la forêt, est entouré de ses colons incarnés par des renards, futés, astucieux et dégourdis. Le curé tient sous le bras ses cartes qui symbolisent l’homme de terrain, ses nombreux voyages d’exploration effectués dans «son  Nord» et les plans des nombreux villages qu’il a contribué à établir. La fleur de Lys est l’emblème du patriotisme. Dans sa main, la brochure La colonisation dans la vallée d’Ottawa, rédigée en 1880 (l’artiste a reproduit la couverture de l’ouvrage à partir d’un exemplaire original de l’époque qui fait parti de sa collection privée de livres anciens portant sur le curé Labelle et l’histoire des Laurentides). Les grands pins blancs, quant à eux, évoquent les Laurentides. Les montagnes dessinent la barrière physique et psychologique que représentaient à l’époque les collines laurentiennes : «À cinq ou six milles de l’église commençait la forêt, une forêt épaisse, infinie, regardée comme inaccessible. On croyait avoir atteint la limite des terres cultivables et le nom de «Nord» signifiait qu’il n’y avait plus au-delà de Saint-Jérôme qu’un printemps fugitif, qu’un été illusoire.»

—   Arthur Buies, Au portique des Laurentides

Faim de loup, fin Renard

3_faim-de-loup Le tableau Faim de loup, fin renard est une œuvre narrative qui nous ramène à l’époque, pas si lointaine, où les Laurentides étaient sous la botte des magnats de l’industrie forestière qui avaient alors les coudées franches: «Les « barons du commerce du bois » sont, avec les « Lords du chemin de fer », les grands argentiers des partis politiques. Aussi, obtiennent-ils facilement non seulement d’immenses concessions forestières à des coûts dérisoires, mais encore une législation qui favorise leurs intérêts et tend à protéger et à consolider leur monopole*.» Durant la deuxième moitié du 19e siècle, la forêt est littéralement sous le joug d’une législation inique qui porte préjudice à la colonisation. Cet antagonisme entre les colons, «faiseurs de terres», et les barons «faiseurs de bois» a marqué l’histoire des Laurentides. Le député P.-B. Benoit, fondateur en 1884 de la colonie de Saint-Gérard-de-Montarville (Kiamika), déclare à propos de l’attitude d’un baron du bois nommé Stewart: «Il ne tient pas à voir des colons indépendants dans ses limites, qui amèneraient avec eux des marchands qui feraient concurrence à ses magasins et qui feraient augmenter le prix de la main-d’œuvre. À part le canton Kiamika dont les terres sont en vente, je ne crois pas qu’un seul colon depuis la Grande Chûte, à 100 milles en amont, n’a de titre de propriété, quoiqu’il y ait des gens qui y résident depuis près de cinquante ans. […] tous ces gens-là sont sous la dépendance de l’agent des terres et du faiseur de bois.*»

Faim de loup, fin renard illustre cette époque d’opposition entre colons et compagnies forestières. L’enjeu: conquérir le conquérant. Dominique Beauregard nous présente les protagonistes de cette lutte épique qui s’affrontent sur un damier. Une œuvre encore une fois chargée de symboles qu’elle nous invite à découvrir.

*Gabriel Dussault, Le curé Labelle, messianisme, utopie et colonisation du Québec. Éd.Hurtubise HMH, 1983.

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