Archives de la catégorie ‘Nouvelles de l'atelier’

Chasse gardée

Lundi, 16 août 2010

toile-dominiquefb L’artiste vient de signer sa plus récente œuvre intitulée Chasse gardée, un tableau qui s’inscrit dans la série nature et qui met encore une fois en scène la faune et la flore laurentienne et ses protagonistes, ici des perdrix, un renard et une petite nyctale, une des seules chouettes dont on peut entendre le cri durant le jour. Un cri qui résonne comme une alerte !

Dans ce tableau, le scénario qui se dessine n’est pas forcément celui que l’on croit. Le renard se prépare à bondir sur ses proies qui picorent distraitement sans se soucier de sa présence. Il ignore que les volatiles ont une entente avec la nyctale qui, bien qu’apparemment endormie, veille sur elles. Dès que le renard amorcera son attaque, la chouette poussera son cri d’alerte qui fera fuir les perdrix privant ainsi le prédateur de son repas. Certains diront que la nyctale pose là un geste noble. La vérité est tout autre, car en fait, elle qui chasse la nuit durant le sommeil des perdrix, veille sur son cheptel et ne veut pas laisser sa part au renard ! Quant aux perdrix, elles se réveillent chaque matin avec un membre en moins à leur petite troupe sans jamais comprendre pourquoi.

Cette fable visuelle nous met en garde contre ceux qui semblent vous épauler, mais qui en réalité le font dans le seul but de protéger leurs intérêts, leur chasse gardée !

Acrylique sur toile
Format : 36 X 48

«Un joli commencement de curé»

Jeudi, 11 mars 2010

un-joli-commencement-detail Dans le cadre du projet « les quatorze stations du curé Labelle », une série de quatorze toiles dépeignant les grands moments de la vie du célèbre prêtre-colonisateur, Dominique Beauregard vient de signer la deuxième œuvre de la série intitulée Un joli commencement de curé. Nous devons cette expression au chevalier Gustave-Adolphe Drolet, ancien zouave pontifical qui a côtoyé le curé Labelle alors qu’il assurait la cure de la paroisse Saint-Bernard-de-Lacolle de 1863 à 1868. Le détail de cette toile, un avant goût de cette ambitieuse fresque historique, met en scène l’impétueux curé Labelle alors que planait la menace d’un envahissement des fenians. Il avait alors lancé avec fougue : « Qu’ils ne s’avisent jamais de venir par Lacolle, vous me verrez à la tête de la compagnie qui les repoussera ! »

Le chevalier Drolet raconte dans les premières pages de son livre Zouaviana, une anecdote qui nous montre le curé patriote s’exerçant — pour le service de la compagnie que commandait le chevalier Drolet — à jouer dans un monumental clairon en cuivre rouge, les sonneries militaires et les appels aux armes ! Cette toile de 40 po x 40 po est chargé de symboles représentant la réalité de cette époque de notre histoire qui a marqué la vie du curé alors dans la jeune trentaine. Rappelons qu’à cette époque, la majorité des terres arables était occupée et labourée jusqu’à la frontière américaine. C’était l’époque de l’exode des colons canadiens-français embauchés dans les filatures de coton de la Nouvelles Angleterre au lendemain de la guerre civile. Les Fenians, L’infanterie de Richelieu, l’exode des colons vers la Nouvelle-Angleterre, un curé Labelle à cheval claironnant ses élans patriotiques, Un joli commencement de curé illustre  une époque difficile de notre histoire. À ce point difficile que le curé-colonisateur a lui-même, dans un moment de découragement, songé à s’exiler aux États-Unis.

Aube

Dimanche, 7 mars 2010

25_aube Fraichement sortie de l’atelier, cette dernière œuvre intitulée Aube est une commande exécutée pour une cliente adéloise. Bien que l’artiste n’accepte que très rarement les commandes, il arrive parfois qu’elle y consente à condition que le mandat soit ouvert et qu’elle dispose d’une entière liberté d’expression et de toute la latitude voulue. C’était précisément le cas pour cette toile. La cliente, qui souhaitait depuis longtemps posséder une toile de l’artiste, a choisi de s’offrir ce petit format de 24 po x 18 po à l’occasion d’un événement significatif pour elle. Petit format, car nous savons que Dominique Beauregard privilégie habituellement les grands formats.

En guettant Les ours

Lundi, 1 février 2010

Cette toile fait partie de la série portant sur l’histoire de la colonisation des Laurentides. En guettant les ours met en scène Edmond Grignon, le « Vieux Doc », un des premiers médecins de campagne à exercer la médecine dans cette contrée hostile et sauvage à l’époque de la colonisation. C’est le célèbre curé Labelle, l’apôtre de la colonisation, qui a incité Edmond Grignon à venir s’installer dans les Laurentides. Le titre de l’œuvre, En guettant les ours, est en fait une expression utilisée à l’époque par les colons habitués à faire le guet dans les ténèbres avec leurs fusils pour protéger le grain et le bétail contre les ours.

Par extension, on disait des médecins qui assistaient les femmes en couches qu’ils «guettaient les ours». Edmond Grignon, dans son livre En guettant les ours, publié en 1930, explique :« Ces pauvres petits n’étaient pas pressés de quitter les limbes pour venir habiter un pays aussi triste et aussi froid et ils retardaient leur arrivée des jours et des nuits parfois ».

Emparons-nous du sol!

Vendredi, 29 janvier 2010

2_emparons-nous-du-sol Cette œuvre est un hommage au curé Antoine Labelle, Roi du nord, prêtre missionnaire-colonisateur. Figure incontournable de l’histoire des Laurentides, le «gros curé de 333 livres» a fortement imprégné son époque, et la nôtre par résonance. Prêtre-entrepreneur, il était l’homme d’une seule idée, ou d’une idée fixe, diraient ses contemporains: la colonisation. L’analyse du corpus des nombreux écrits et correspondances du célèbre curé de Saint-Jérôme laisse entrevoir ses visées nationalistes, bien que cet aspect de son projet de colonisation soit généralement passé sous silence par ses biographes. Certains textes, moins connus, ne laissent planer aucun doute chez certains auteurs quant à son intention de créer une nation canadienne-française par le truchement d’un projet pacifiste de colonisation des Cantons du Nord dans le cadre social agriculturiste d’une époque où le «destin» du Canadien français était de cultiver la terre:« Le travail de la terre était considéré comme le plus noble et le plus sain et le plus en harmonie avec la vision de l’homme prônée par l’Église. En vivant à la campagne, il était plus facile de conserver intactes les traditions, de faire survivre la nation. Le clergé fera tout pour que le peuple canadien-français conserve cette image de peuple du terroir, paisible, attaché à la famille et soucieux de garder sa foi et sa langue. (Lafortune p.21).

Né le 24 novembre 1833 à Sainte-Rose (dans l’Île Jésus, aujourd’hui Laval) et décédé le 4 janvier 1891 à Québec, Antoine Labelle sera curé de Saint-Jérôme de 1868 à 1891. Durant cette période, il ne cessera d’œuvrer, avec une rare ténacité, à la réalisation de son projet de colonisation. Curé panaché et marginal, réputé pour ses colères volcaniques aussi retentissantes que fugaces, il avait la stature d’un géant qui appelait néanmoins sa mère «Mouman». Un curé «dépareillé » qui aimait et défendait «ses colons» avec qui il aimait partager les vicissitudes de la vie à la dure. Un ecclésiastique qui s’est lié d’une profonde amitié à l’anticléricale féroce, journaliste et pamphlétaire Arthur Buies, qui a enrichi et diffusé par ses écrits le rêve d’Antoine Labelle.

Le curé Labelle est décédé à la suite des complications d’une «hernie étranglée» le 4 janvier 1891 à Québec à l’âge de 58 ans. Il aura laissé un héritage riche qui, selon l’artiste, est encore aujourd’hui sous-estimé.

Dans son œuvre, Dominique Beauregard brosse une scène symboliquement riche, coiffée d’un titre qui reprend le leitmotiv du curé Labelle : Emparons-nous du sol! L’ours, roi de la forêt, est entouré de ses colons incarnés par des renards, futés, astucieux et dégourdis. Le curé tient sous le bras ses cartes qui symbolisent l’homme de terrain, ses nombreux voyages d’exploration effectués dans «son  Nord» et les plans des nombreux villages qu’il a contribué à établir. La fleur de Lys est l’emblème du patriotisme. Dans sa main, la brochure La colonisation dans la vallée d’Ottawa, rédigée en 1880 (l’artiste a reproduit la couverture de l’ouvrage à partir d’un exemplaire original de l’époque qui fait parti de sa collection privée de livres anciens portant sur le curé Labelle et l’histoire des Laurentides). Les grands pins blancs, quant à eux, évoquent les Laurentides. Les montagnes dessinent la barrière physique et psychologique que représentaient à l’époque les collines laurentiennes : «À cinq ou six milles de l’église commençait la forêt, une forêt épaisse, infinie, regardée comme inaccessible. On croyait avoir atteint la limite des terres cultivables et le nom de «Nord» signifiait qu’il n’y avait plus au-delà de Saint-Jérôme qu’un printemps fugitif, qu’un été illusoire.»

—   Arthur Buies, Au portique des Laurentides