Archives de la catégorie ‘Série historique’

Esquisse complétée

Mardi, 30 mars 2010
traversee

L’esquisse de La grande traversée du curé Labelle (titre provisoire) est maintenant complétée. Rappelons que la toile finale fera partie de la série portant sur la vie et l’œuvre du curé Labelle, prêtre-colonisateur. Pour l’artiste, c’est une première incursion sur l’océan puisque généralement elle privilégie des scènes se déroulant dans la forêt de son coin de pays les Laurentides.

Le curé Labelle a effectué deux voyages en Europe, le premier en 1885 et le deuxième en 1890. La grande traversée du curé Labelle nous montre le célèbre personnage à bord du Circassian accompagné du curé Jean-Baptiste Proulx qui consigne dans son carnet les grandes étapes de ces deux voyages. Il publiera par la suite deux ouvrages : Cinq mois en Europe ou voyage du curé Labelle en France en faveur de la colonisation et En Europe par çi, par là, d’où l’artiste a puisé son inspiration. Les observateurs remarqueront la disproportion des personnages qui se tiennent sur le pont du steamer. Un effet recherché par l’artiste afin de souligner l’importance du personnage et sa volonté d’allier à sa cause les colons du vieux continent. Encore une fois, Dominique Beauregard nous offre une fresque riche en symboles qui seront expliqués dans le texte qui accompagnera la toile et qui permettra de situer l’œuvre dans son contexte historique.

La grande traversée

Mercredi, 17 mars 2010

esquisse

Dans le cadre de sa série «les quatorze stations du curé Labelle», Dominique Beauregard entreprend les croquis de la prochaine fresque qui relatera les deux voyages en Europe du célèbre curé — le premier en 1885, le deuxième en 1890 — effectués dans le but d’aller recruter des colons français, belges et suisses et de régler quelques affaires au Vatican. Les croquis s’inspirent de deux ouvrages publiés à la fin du 19e siècle. Le premier en 1888: Cinq mois en Europe ou voyage du curé Labelle en France en faveur de la colonisation, écrit par Jean-Baptiste Proulx, curé de Saint-Raphaël de l’Île Bizard et plus tard de St-Lin et le deuxième, du même auteur, écrit en 1891 — l’année de la mort du curé Labelle —, intitulé En Europe par çi, par là.

Sur le premier croquis, nous apercevons le bateau à vapeur Circassian à bord duquel le célèbre curé a effectué sa première traversée de l’Atlantique.

«Un joli commencement de curé»

Jeudi, 11 mars 2010

un-joli-commencement-detail Dans le cadre du projet « les quatorze stations du curé Labelle », une série de quatorze toiles dépeignant les grands moments de la vie du célèbre prêtre-colonisateur, Dominique Beauregard vient de signer la deuxième œuvre de la série intitulée Un joli commencement de curé. Nous devons cette expression au chevalier Gustave-Adolphe Drolet, ancien zouave pontifical qui a côtoyé le curé Labelle alors qu’il assurait la cure de la paroisse Saint-Bernard-de-Lacolle de 1863 à 1868. Le détail de cette toile, un avant goût de cette ambitieuse fresque historique, met en scène l’impétueux curé Labelle alors que planait la menace d’un envahissement des fenians. Il avait alors lancé avec fougue : « Qu’ils ne s’avisent jamais de venir par Lacolle, vous me verrez à la tête de la compagnie qui les repoussera ! »

Le chevalier Drolet raconte dans les premières pages de son livre Zouaviana, une anecdote qui nous montre le curé patriote s’exerçant — pour le service de la compagnie que commandait le chevalier Drolet — à jouer dans un monumental clairon en cuivre rouge, les sonneries militaires et les appels aux armes ! Cette toile de 40 po x 40 po est chargé de symboles représentant la réalité de cette époque de notre histoire qui a marqué la vie du curé alors dans la jeune trentaine. Rappelons qu’à cette époque, la majorité des terres arables était occupée et labourée jusqu’à la frontière américaine. C’était l’époque de l’exode des colons canadiens-français embauchés dans les filatures de coton de la Nouvelles Angleterre au lendemain de la guerre civile. Les Fenians, L’infanterie de Richelieu, l’exode des colons vers la Nouvelle-Angleterre, un curé Labelle à cheval claironnant ses élans patriotiques, Un joli commencement de curé illustre  une époque difficile de notre histoire. À ce point difficile que le curé-colonisateur a lui-même, dans un moment de découragement, songé à s’exiler aux États-Unis.

En guettant Les ours

Lundi, 1 février 2010

Cette toile fait partie de la série portant sur l’histoire de la colonisation des Laurentides. En guettant les ours met en scène Edmond Grignon, le « Vieux Doc », un des premiers médecins de campagne à exercer la médecine dans cette contrée hostile et sauvage à l’époque de la colonisation. C’est le célèbre curé Labelle, l’apôtre de la colonisation, qui a incité Edmond Grignon à venir s’installer dans les Laurentides. Le titre de l’œuvre, En guettant les ours, est en fait une expression utilisée à l’époque par les colons habitués à faire le guet dans les ténèbres avec leurs fusils pour protéger le grain et le bétail contre les ours.

Par extension, on disait des médecins qui assistaient les femmes en couches qu’ils «guettaient les ours». Edmond Grignon, dans son livre En guettant les ours, publié en 1930, explique :« Ces pauvres petits n’étaient pas pressés de quitter les limbes pour venir habiter un pays aussi triste et aussi froid et ils retardaient leur arrivée des jours et des nuits parfois ».

Emparons-nous du sol!

Vendredi, 29 janvier 2010

2_emparons-nous-du-sol Cette œuvre est un hommage au curé Antoine Labelle, Roi du nord, prêtre missionnaire-colonisateur. Figure incontournable de l’histoire des Laurentides, le «gros curé de 333 livres» a fortement imprégné son époque, et la nôtre par résonance. Prêtre-entrepreneur, il était l’homme d’une seule idée, ou d’une idée fixe, diraient ses contemporains: la colonisation. L’analyse du corpus des nombreux écrits et correspondances du célèbre curé de Saint-Jérôme laisse entrevoir ses visées nationalistes, bien que cet aspect de son projet de colonisation soit généralement passé sous silence par ses biographes. Certains textes, moins connus, ne laissent planer aucun doute chez certains auteurs quant à son intention de créer une nation canadienne-française par le truchement d’un projet pacifiste de colonisation des Cantons du Nord dans le cadre social agriculturiste d’une époque où le «destin» du Canadien français était de cultiver la terre:« Le travail de la terre était considéré comme le plus noble et le plus sain et le plus en harmonie avec la vision de l’homme prônée par l’Église. En vivant à la campagne, il était plus facile de conserver intactes les traditions, de faire survivre la nation. Le clergé fera tout pour que le peuple canadien-français conserve cette image de peuple du terroir, paisible, attaché à la famille et soucieux de garder sa foi et sa langue. (Lafortune p.21).

Né le 24 novembre 1833 à Sainte-Rose (dans l’Île Jésus, aujourd’hui Laval) et décédé le 4 janvier 1891 à Québec, Antoine Labelle sera curé de Saint-Jérôme de 1868 à 1891. Durant cette période, il ne cessera d’œuvrer, avec une rare ténacité, à la réalisation de son projet de colonisation. Curé panaché et marginal, réputé pour ses colères volcaniques aussi retentissantes que fugaces, il avait la stature d’un géant qui appelait néanmoins sa mère «Mouman». Un curé «dépareillé » qui aimait et défendait «ses colons» avec qui il aimait partager les vicissitudes de la vie à la dure. Un ecclésiastique qui s’est lié d’une profonde amitié à l’anticléricale féroce, journaliste et pamphlétaire Arthur Buies, qui a enrichi et diffusé par ses écrits le rêve d’Antoine Labelle.

Le curé Labelle est décédé à la suite des complications d’une «hernie étranglée» le 4 janvier 1891 à Québec à l’âge de 58 ans. Il aura laissé un héritage riche qui, selon l’artiste, est encore aujourd’hui sous-estimé.

Dans son œuvre, Dominique Beauregard brosse une scène symboliquement riche, coiffée d’un titre qui reprend le leitmotiv du curé Labelle : Emparons-nous du sol! L’ours, roi de la forêt, est entouré de ses colons incarnés par des renards, futés, astucieux et dégourdis. Le curé tient sous le bras ses cartes qui symbolisent l’homme de terrain, ses nombreux voyages d’exploration effectués dans «son  Nord» et les plans des nombreux villages qu’il a contribué à établir. La fleur de Lys est l’emblème du patriotisme. Dans sa main, la brochure La colonisation dans la vallée d’Ottawa, rédigée en 1880 (l’artiste a reproduit la couverture de l’ouvrage à partir d’un exemplaire original de l’époque qui fait parti de sa collection privée de livres anciens portant sur le curé Labelle et l’histoire des Laurentides). Les grands pins blancs, quant à eux, évoquent les Laurentides. Les montagnes dessinent la barrière physique et psychologique que représentaient à l’époque les collines laurentiennes : «À cinq ou six milles de l’église commençait la forêt, une forêt épaisse, infinie, regardée comme inaccessible. On croyait avoir atteint la limite des terres cultivables et le nom de «Nord» signifiait qu’il n’y avait plus au-delà de Saint-Jérôme qu’un printemps fugitif, qu’un été illusoire.»

—   Arthur Buies, Au portique des Laurentides